Et le vent portait mes vieilles inspirations bien haut. Au-delà des contours diffus des masses nuageuses, l’espérance se métamorphosait en contre-jour de plus en plus difficile à discerner jusqu’à devenir imperceptible à œil nu et humide. Dans le miroir virtuel de ma conscience, s’échappaient ma jeunesse et ma crédulité ; j’avais presque eu la sensation qu’elles débouquaient soulagées en esquissant un sourire que ne guidait aucune amertume. Dans ma visée, que de choses insaisissables et fantomatiques qui excitaient troubles et angoisses diurnes – les nuits m’étaient devenues limpides et désertiques après tant d’années à les agiter aléatoirement – ; je coulais bas à la manière des vaisseaux d’antan qui avaient enduré des voyages aux antipodes et qu’on accablait de projectiles pour une raison capitaliste ou vengeresse. Je présumais venir le temps du recul de ma femme et de l’objectivité de mon enfant, mais la sensation la plus confondante venait de l’impression que j’avais illusionné en faisant ce qu’il fallait, exécuter les actions pour subvenir à notre fonctionnement. Plus les jours se stratifiaient, plus le questionnement envahissait mes pensées : j’aurais donc eu l’imprudence et l’orgueil de prétendre que mes choix étaient les plus judicieux en observant, au sens strict de l’observance, qu’au fond de moi-même un doute inconscient, latent, allait finir par jaillir, comme une lave conjurée par les esprits clairvoyants.

Au moment de pincer la broche rouge sur la cosse oxydée de cette voiture à carène grise, je sentais profondément le repli de mon être et considérais qu’il s’agissait de l’achèvement dérisoire de mes années d’entraînement à envisager le meilleur. Un bolide passait et l’effet « auto-tune » du morceau écouté par ses passagers me glaçait le sang. Je croyais qu’on aurait dit le gémissement d’agonie d’un robot humanoïde déclassé.

Je rêvassais à ces bains éternels qu’on prenait dans la baie d’Olympos accompagnés par des cris lointains et des roulements incessants de milliers de pierres érodées. Nous étions à l’abri d’un mastodonte plutôt verdoyant qui avait mieux inspiré, bien avant nous, les navigants et les vagabonds. Les sombres songes des dimanches d’hiver étaient effacés. Les rires et les fantasmagories du pirate en action domptaient mes peines. Les aréoles « très séparés » de celle qui partageait toujours mon sommeil piquaient les yeux et tentaient mes lèvres. Toi qui contemplait le Monde, ne pouvais-tu voir la pureté de mes élans et de mes simplicités ? Toi où régnait la paix que les Titans auraient jalousée, n’aurais-tu pas voulu me faire le signe de cesser de croire en l’orgueil et de préférer l’oraison ? Car ici, le cœur dictait les choses et l’esprit s’effaçait pour le plus grand bien de la vie. Pour le plus grand bien de ma famille. La façon dont on touche la pureté, on ne la devine qu’au moment des vomissures dominicales.