En passant le temps, je posais ma main sur cette plante à ma droite. Je caressai une feuille d’aloès de la Barbade et me surprenais à apprécier simultanément la douceur et la douleur du ressenti. Revenait alors l’idée à laquelle j’avais pensé hier : comment la noblesse et la beauté des échanges pouvaient se faner quand s’instituait la possibilité du commerce et se pourrir dans la logique des marchés ? Etait-ce encore possible d’éprouver, dans l’objectif de la dépasser, la dualité du pour et du contre, du nécessaire et du contentement ? Fatigué, je sélectionnais un morceau de Sharon Van Etten qui évoquait sûrement l’amour ou autres choses fragiles et perdues. Je ne demandais qu’à pleurer de me sentir si mal dans ce monde. Mes environnements me saoulaient, mes espérances se détournaient, mes amis et ma famille ne saisissaient plus les regards paniqués que je portais sur tout et sans doute ne supportaient plus les soupirs répétés que j’expirais sans contrôle.

Octobre enfilait ses jours, j’enfilais mes peines. Mon fils accumulait ses peurs et ses rires. Tout fonçait dans le mur et je feignais de croire qu’on pourrait s’en accommoder et s’en foutre de cet écrasement inexorable. Je crois même que je m’étais déjà enfoncé le crâne et le cerveau dans ce mur, il ne devait probablement ne rester plus que ce qu’on appelle, par ignorance, l’âme. Elle, qui me tenait encore un peu droit pour les autres.