dE tRAVERS

06 octobre 2017

        TER 84455. J'étais le prix à payer pour qu'ils restent en vie. Je ne voulais pas le concevoir. Je remettais la fin après un autre début, une autre excuse.

— Je paierai de ma personne et ils auront la jeunesse complète et jouissive. Je ne serai plus jamais sur le podium, mais que le souvenir d'y être parvenu. Et embrassé pour avoir été gagné avant un autre prix plus important, plus ambitieux...

TER 84520. Les croyants ont un culte de la mort malsain, je crois. Cette fascination pousse parfois, par son aspect le plus sombre, à imaginer un état perpétuellement nourri par le deuil, la perte d'autrui et en conséquence à le ressentir de tout son poids au cours de la vie. Une vicieuse dépendance au malheur et à la souffrance qui me semble enseignée principalement par les discours religieux. Opposée à l'hédonisme, l'idée du salut de l'âme et de l'Homme par/après la mort provoque le concept d'un compte à rebours, d'un destin ou d'une errance dont l'énergie vient du désespoir de vivre et de l'attraction de l'au-delà. Les morts nous hantent et nous chassent du chemin de la jouissance terrestre... (tellurique presque). La mort nous sert à pleurer le présent et à croire au futur alors même qu'elle devrait servir au contraire ; côtoyer la mort n'est pas un signe à déchiffrer, c'est une réalité à manipuler.

Paris CDG. Le hall rassasié de souvenirs et de complaintes touristiques internationales, j'y ressens le déchirement au fond de mes tripes, nerfs à vif ; il suffirait de se contenter de peu pour être comme les autres (presque tous, car j'ose penser que quelques-uns sont comme je suis, sont nuisibles). Avoir toujours l'air positif est un fardeau qui lorsqu'il chute dévoile une insuffisance naturelle et une faiblesse acide qui éclaboussent et détournent.

Je domine les nuages mouvants et statiques, leurs tourbillons de coton, et file à quelques centaines de kilomètres à l'heure vers un territoire damné. La malédiction ne peut plus s'effacer, mais seulement être acceptée. Si on force un peu l'imagination, on devine parmi ces nuages les bras des défunts engloutis à jamais, des vapeurs brûlantes et nauséabondes, des végétaux flétris ou tortueux, le tout dans une gamme de gris opaques et lavasses. Rien ne transperce, rien ne s'aperçoit à l'horizon. Le marécage est étendu tout autour de moi ; je domine un bourbier dans lequel, bientôt, on va me pousser ou pour lequel je suis destiné. Il doit bien exister encore un sentier au sec et une voie de secours dans ce territoire.

Je me réveille ce jour avec la nette impression que la vie qui m'entoure et m'enveloppe est friable comme le tuffeau des hôtels anciens. Et je me surprends à éponger mon front ridé et contenir un souffle abîmé par le temps et les désinvoltures passées. Le reste qui est prêt à se déployer devant moi aura raison de mes ultimes certitudes, sans doute, et me rendra complètement esclave de ma vérité. La vie qui me reste n'est plus que la vie qu'il m'est possible d'avoir. Et les radios inondent les cuisines ou salles de bain qu'animent corps endormis et dénudés et torturent leurs cerveaux perdus qui se réveillent. Et en deux minutes se révèlent les guerres civiles environnantes, les coups d'état en marche, les calamités sociales du temps, les déplacements de capitaux et de réfugiés, les actionnaires dans leurs pavillons, le tout arrosé par une annonce météorologique plus propre à insurger le monde. Le black-out hebdomadaire des médias serait peut-être un bonheur ponctuel à défendre.

Coincé sur le siège d'un bus dans les routes départementales funèbres d'un début de soirée automnale, je pense à cette fois lorsque je descendais sur Genève. C'était du temps de mon amour lyonnais. De mon égarement le plus mérité et le plus secret. Le blues tramait ma vie chaque seconde. Je ne conduisais plus de voiture et plus ma vie, celle-ci jouait avec moi et avec ses jours qui pouvaient irradier mon corps tout entier, à dessein. Des yeux sans fond et des mots sans fin m'animaient par intermittence et saccade. Et il faut parfois un ténébreux retour chez soi pour se remémorer la finesse de ces tatouages intérieurs. Je suis devenu en un instant aussi triste que ces néons d'éclairage plafonniers de gare.

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18 novembre 2016

La respiration de novembre

        Pendant qu’un homme probablement de quinze années de plus que moi se dandine pour reluquer l’allure d’une jeune femme assise à côté de nous, je sers les dents face à l’inconnu. Je dois attendre deux jours et demi pour savoir si la douleur qui me lance au-dessus du cœur va conduire à ma fin. Cela ressemble aux vagues de ce matin qui gagnaient le parement de pierres taillées pour s’y cogner d’un bruit sourd, puis la charge s’interrompait quelques minutes pour mieux repartir au fur et à mesure que l’heure de haute mer s’approchait. L’homme, les traits ciselés du plaisir goudronneux sur son visage, avait lâché prise et s’était finalement assoupi la tête posée sur son blouson négligemment enroulé pour amortir les secousses de la tablette. La culpabilité de peut-être abandonner ma femme et mon fils dans cette vie avait doucement rongé ma journée jusqu’à se dévoiler complètement à la lueur du soir. L’écriture apaisait cette angoisse respiratoire et cette inspiration angoissante. L’homme réveillé avait profité de l’absence de cette femme brune féline pour nettoyer l’interstice de ses dents avec les coins de sa carte d’abonnement. Le paysage défilait, je trouvais le temps long, trop long. J’allais, qui sait, le trouver peut-être bientôt court, trop court.

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30 octobre 2016

       Nous courions au loin et respirions des airs de pins marins au moment d’inspirer. La mer vibrionnait. Tes yeux reflétaient la bravoure de l’humaniste et les siens la régularité de l’amour. Je suivais de loin, je vous voyais de loin. Tu pointais en tête, sautant de dénivelé en dénivelé, cherchant l’impulsion ultime sur un tronc d’arbre mort, frayant ton chemin entre les pierres déchaussées. Elle courait avec l’appétit de la lionne de mordiller fièrement le cou de son petit. Je suivais de loin, je vous voyais un peu moins. La chaleur remontait d’un cran, les arbres ne couvrait plus autant, le sol plus rouge nous faisait davantage déraper. Au bout, heureux de se retrouver, nous prenions le temps de savourer et de parler. Toi, tu étais déjà venu il y a de cela 13 années, elle aussi, mais avec moins de conviction. J’étais là aussi crevant d’envie de vous remercier de marquer de si beaux lieux de notre planète ensemble. Car l’éternité ensemble, je la désirais plus que tout au monde. Mes routes avec vous seraient mon éternité, j’avais signé pour finir comme cela.

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          L’infrarouge de ma souris illumine d’une couleur sang mon verre de vin ou plutôt celui de Nildem qui ne l’a pas fini. A ce moment précis, j’ai rempli ma fabuleuse mission d’étendre ton linge. J’ai pu constater qu’en silence, sans rien vraiment transpirer, je savais que tes pyjamas avaient changé. Les couleurs plus que les tailles, c’est mon observation. De nouvelles rayures, des oranges contre des bleus. Fils, sur ce balcon face à la voie ferrée, celle que tu tripes, je passe du temps à contrer le blues et le brise-amour qui règnent une fois adulte. Il faut se battre chaque minute contre soi-même pour apprécier la vie qui passe. Il faut se débattre des systèmes engluants qui nous cernent telles des amibes en perpétuel glissement circonsphérique. Le long de nos trajectoires, un millier de choses pourraient nous figer.

La moitié de moi en a déjà souffert, il ne reste plus que l’autre. Ce chemin qui nous menait au phare était un sentier de guérison contre toute cette pourriture. Je vieillis, mon amour, je me ressers et me ressens plus attristé que blessé. Ce moment est grave et déterminant. La folie qu’il me reste est comptée. A cet âge, on se préoccupe d’avoir gagné sa vie, « réussi ». A mon âge, on doit pouvoir assurer le confort de sa famille bien qu’on n’assure plus vraiment connaître l’amour. Cette moitié donc, elle seule nous vaut encore l’idée de prolonger la route.

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18 mai 2016

Rappelle-toi quand les heures à fouler les trottoirs bruxellois se comptaient sur les doigts de nos fébriles mains et lorsqu’intimidés par l’idée de commencer une autre vie encore plus folle que les précédentes, nous prenions confiance en nous en commandant un café, puis un deuxième alternés avec des cigarettes légères. Le temps et l’été étaient lourds de sens, vraiment. Les incroyables vagues qui me submergeaient comme jamais celles de l’océan n’avaient pu le faire ondulaient de tes sourires.

Bruxelles, ses voies ferrées et ses hôtels à confort modeste, se gravait sous ma peau tranquillement. Personne n’imaginait là où je vivais ce qui allait se passer, ce qui se tramait à chacun de mes départs vers un autre pays d’Europe. Je zonais parfois entre les deux gares de Lille, calmait l’ardeur des battements de mon cœur, mais jubilais.

J’utilisais ce que je savais de mes erreurs passées pour ne pas foncer tête baissée, aveuglé et rêveur. Sauf que je me sentais viscéralement happé une nouvelle fois par la faucheuse rouge. Au diable le passé, au diable les avertissements, les panneaux qu’on heurte pour toujours.

Bruxelles en écho à Istanbul, l’intérieur européen après la presqu’île marmoréenne. Des allers-retours sur le Bosphore, je retenais la faille qui venait de s’ouvrir et dans laquelle j’avais chuté sans mot dire. Aux arrivées à la gare belge, je me noyais dans une mer agitante et stimulante. Le séisme prévu dans la majestueuse syncrétique capitale turque, je l’avais déjà subi. La mutation de l’Europe mal supportée dans les salles de réunion du conseil intergouvernemental, elle avait déjà atteinte l’administré que j’étais et beaucoup plus profondément qu’un règlement ne pourrait jamais le faire. La saveur du monde connu m’emmerdait, les senteurs d’une nouvelle ère tels les arômes mélangés de l’orient et de l’occident me torturaient l’esprit et bloquaient mes envies.

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05 avril 2016

          La fièvre surgit tard et s’évanouit dans la nuit profonde. La lourdeur portée de la journée rallume à chaque fois le mal. Il n’y a pas de bêtes dans les prés. Les végétaux subissent aussi cette irrégulière progression du temps. Tout semblait caractériser une année normale jusqu’à ce moment où les hommes ont décidé de refuser les autres hommes. Les grandes migrations ont troublé l’époque, le temps a accompagné cette torsion.

Pendant ce temps, les kits de suicide manquent dans les cellules, et sans doute dans toutes nos vies mal menées qui se ruinent au fil des desserts d’anniversaire. Les villes déploient pour certaines des nouvelles prétentions urbanistiques qui font le bonheur des sensibles de l’Urbex. Il n’est pas non plus rare de constater que ces mêmes villes cachent la paupérisation galopante derrière des slogans, des identités visuelles, des gadgets promotionnels ou des zones d’activités économiques qui connaissent leur énième essor, leur nouvelle extension. Ce peuplement économique jouxte les nouvelles boutiques bioéthiques qui ne poussent, il me semble, que pour l’appât du gain sous couvert d’une philosophie à la mode… Mais voilà que ceux qui s’y fournissent ont deux, trois et même quatre enfants dans un monde où un seul ne peut survivre sans marcher sur les autres, sans oublier qu’ils existent au bord des routes ensablées, des immeubles en briques déchiquetées, des frontières barbelées ou des deltas bouchés de débris.

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06 octobre 2015

Peu de fois, j’ai pris avec ce cœur battant le train, avec les jambes fébriles et un mælstrom de sentiments inondant toutes les parcelles de mon cerveau jusqu’à en nouer le ventre. Je crois que cette fois-ci, au bout de la ligne, peut se jouer quelque chose de sismique ou de cataclysmique. Je commençais depuis peu à détester cette temporalité qui m’a autant nourri que ruiné. Je ne veux pas croire que ce voyage soit plus que ceux que j’ai déjà ressentis par le passé, un aller vers le meilleur. Il ne peut être que cela.

../..

J’ai parfois l’impression d’être ce ciel d’automne. Un aplat bleu clair rempli de couches grisâtres et charnues, mobiles et incertaines, inattendues mais présentes et plus ou moins foncées, au fond duquel, au cœur duquel règne un foyer rougeoyant, orangé  et rosâtre, enserré mais vivant, contraint et se réduisant mais imprégnant tout le reste. Et alors quelle est la zone la plus dangereuse de tout cela ? Le feu qui s’éteint progressivement après avoir plaqué la désolation ? Le gris noir des ténèbres qui prend le dessus ? Le bleuté qui persiste à vivre dans ce déchirement effrayant ?

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22 août 2015

Dans l'eau

Le scintillement des faisceaux lumineux, la tête chargée de murmures

Je me libère de mon propre poids, pas du reste, c’est la seule chose permise

Tout ce que je connais de mieux, comme un diamant pur

Est devenu de plus en plus rugueux, une fin que tu avais promise

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19 juillet 2015

     Six néons blancs distribuaient une lumière blafarde qui durait toute la nuit. Quelques longueurs plus loin, les maisons des familles aisées ne s’éclairaient plus ; l’été chasse les riches de chez eux et coincent les foyers modestes dans le même et perpétuel calendrier urbain. Devant ces six néons, les voies ferrées enfin pouvaient se reposer et ne plus porter les rames des trains passagers ou de marchandise. A cette heure où les six néons se distinguaient aussi bien du reste, les chacals erraient en direction d’un point de chute pour se finir, peut-être pour dormir, ou zonaient en quête d’une occasion qui couronnerait leur soirée ou en proie à un boueux ennui qui poussent à l’action, n’importe laquelle pourvu qu’elle soit énergique.

Je visualisais tour à tour les candidats à ces errances nocturnes : les jeunes adultes grisés par l’alcool et surexcités par les premiers dérapages – des consciences éphémères sans danger – ; les couche-tards solitaires et qui souhaitent vite regagner leur lit pour s’y ensevelir jusqu’au lendemain matin ; les malfrats aux manigances aiguisées au volant de leur voiture, ralentissant pour examiner la potentialité d’une malfaisance ; les frimeurs qui me semblaient encore et toujours les pires figurants des nuits d’été fonçant à toute allure dans leur berline.

De l’autre côté de ce panorama, deux âmes avaient réussi à échapper à ce monde vivace et répétitif, l’une flottait dans un univers que j’étais bien incapable de décrire, peut-être peuplé de formes qui m’étaient inconnues, l’autre écrasait et récupérait du mieux possible la fatigue accumulée. Mon fils qui organisait ses premiers instants de vie, mon épouse qui virevoltait entre débordements de joie et débordements tout courts ne connaissaient pas ses six néons lugubres.

C’était à ce moment de la nuit que rien ne se passa et qu’aucune chose ne justifiait que je squatte davantage le balcon en fumant quelques cigarettes. La lune ne se voyait pas de ce côté de la ville, les étoiles étaient dissimulées par d’épais nuages traversants. Rien ne se passerait, me dis-je, en préparant un repli vers les zones chaudes de l’appartement. Je fermais les portes vitrées, puis éteignais les lampes.

Exactement vingt-deux minutes après ce coucher, mon fils émit un cri assez caractéristique auquel nous ne prêtions point attention. Et dans la rue, une ombre fugace longea le mur de graffitis en laissant traîner une fracture de notre monde derrière elle : le sillon qu’elle traçait devenait froid, sans matière, éradiquant toutes les choses nécessaires pour concevoir une vie. Ce sillon invisible aurait pu avaler quiconque l’aurait emprunté, sans mot dire mais en souffrant inévitablement. L’ombre bifurqua sur la gauche, lévita quelque peu pour atteindre la voie ferrée et glisser le long des rails d’acier. Les ténèbres ont sans doute un goût nettement plus prononcé que nous autres pour l’errance et pour les voyages.

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17 juillet 2015

     J’adore ces instants climatiques contrariés en plein été, lorsque le ciel chargé a remporté sa bataille contre un soleil orgueilleux et qu’il déverse timidement une ondée sur nos recouvrements urbains. La plupart des gens n’y prêtent guère attention, tous pourtant s’accorderaient à trouver ce moment apaisant.

Il est arrivé à 15h21. Je discerne les pentes humides des toits et hume un peu de ce parfum minéral, les clignotements partiels sur les pavés des rues à l’endroit où les anfractuosités se sont gorgées d’une eau de pluie poisseuse, les têtes des touristes qui, fort de leur expérience passée, avaient prévu l’anorak à capuche ou le ciré de marque.

De cette fenêtre, j’ai observé mille et une choses, ces mille et une choses m’ont toujours inspiré une réflexion contemporaine sur l’existence, la mienne et celles des autres. J’ai toujours eu peur que le dégoût l’emporte finalement et que je me cloître dans une prétention humaniste ; confortablement installé sur un podium qui me ferait mépriser les routes que je n’ai pas prises, les idées que je ne comprends pas et les personnes qui, ne sachant rien du « bien vivre », les prennent. Au bout du compte, je crois qu’il me reste encore assez de goût et d’envie pour les autres et pour leurs différences à la seule condition que l’universalité prône et règne en maître sur nous.

Ces gens peuvent bien passer leur temps à ce qu’ils désirent tant que la pluie d’un après-midi d’été nous prendra tous et qu’on s’en accommodera.

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03 juillet 2015

Le temps arrive

Le temps arrive. La brume se dissipe doucement et mes rétines s’habituent progressivement à la modification de la luminosité. Le temps arrive, celui d’accepter une disparition puisque vient d’avoir lieu une apparition. Chacun doit porter sa part de ténèbres, s’il le faut alors, je me sens capable, enfin, de tendre les bras et contracter le dos pour contenir ma part, la sienne, les leurs. Les emporter loin de leur fraîcheur vers les montagnes noires qui défendent les royaumes mortuaires, traverser les marais des funestes remords en laissant avec certainement beaucoup de chagrin les derniers rayons du soleil porter sur mon cou. Puisqu’il le faudra bien, je dois aussi tenter de filtrer la lie d’amertume du nectar de jouissance – qu’importe-t-il plus, d’avoir déjà aimé ou de penser qu’on allait l’être ? – et contrôler ma propension à devenir aigre-doux.

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02 juillet 2015

Se morfondre était une vie, une possibilité d’échouage. Maintenant que tes yeux percent les opacités, filent vers les étoiles lointaines et suivent des trajectoires aléatoires, il n’y a aucune raison de vriller les soirs de spleen. Tu trouveras dans mes paumes la complémentarité de tes membres, dans ma voix une douce symphonie héritée de mon cœur, sur mes épaules un mur inébranlable pour te hisser, te glisser ailleurs et te cacher parfois.

De ma honteuse vie, de ma bienheureuse et de ma prochaine, tu pourras puiser ce qui te semble bon, ce qui te semble juste pour survivre dans un monde tellement incohérent qu’il en devient souvent déboussolant. Mon existence, aussi inutile était-elle, tu la malaxeras sans cesse jusqu’à matérialiser entre tes doigts allongés cette justification qui me fera sentir alors devenir enfin. Revenir aussi.

Et de toi, de tes sourires soudains et tes pleurs attachants, il restera un tatouage invisible ou une empreinte au fer blanc sous nos peaux. Nos ossements, une fois tombés et désordonnés, auront d’ailleurs toujours cette marque de roi.

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01 juin 2015

Dans l’impasse, on n’essayait de continuer à s’aimer. Je sentais son épuisement croître jour après jour, et je fouillais dans tous mes pores l’once de force qui pourrait nous maintenir la tête hors de l’eau. Une eau saumâtre et toxique dont peu de gens réussissait à s’en sortir. A chaque fois, scrutant le ciel, je priais pour qu’il ne s’obscurcisse pas davantage et qu’il ne déverse pas ses larmes contenues. La souffrance se communiquant très bien, je sentais d’abord des crampes aux membres, mes organes en perpétuelle contraction et le relâchement du mental. C’était mon dernier couteau, une lame affûtée depuis l’enfance à l’aide de mes parents et de mes rencontres. Mais je me doutais que cette lame n’allait pas suffire ; jamais le mental n’atteint la maturité suffisante pour déjouer la mélancolie, l’ennui et le drame. Le mental s’épanouit juste avant de mourir, juste au moment où l’enveloppe corporel ne sert plus à rien. Il ne me restait alors plus qu’à mourir vite pour empêcher que mon amour ne meure en premier.

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24 avril 2015

Je préférerais écrire, dans ces moments là. Pousser à l’aide de ma paume et de l’orientation de mon poignet le stylo et tracer ces mots s’ancrant doucement et irréversiblement dans le papier tramé. Définir les phrases qui scellent froidement mon spleen quotidien renforcé de mois en mois. Renforcé par toi et moi mélangés.

Je ne mesure plus bien depuis quand je feins et je leurre tout le monde avec un air d’indifférence ou de désinvolture qui, parfois, exaspère. S’ils savaient tous comme je retiens mes maux enchaînés au fond d’une partie de moi. Depuis le début d’année, j’ai senti que cela s’était amplifié et que mon aptitude à encaisser virait parfois au rouge.

Les vies défilent devant moi. Les jours se ressemblent et m’ennuient. La sociabilité se réduit et vicieusement, elle devient moins importante. L’écoute que je porte aux gens est dévorée par l’écoute que je ne supporte pas avoir pour moi. L’autrui m’ennuie, je le fuis en me contentant d’un superficiel intérêt des choses.

A la longue, le carnage est arrivé et il étend ses tentacules comme un kraken sur ce que j’ai construit. Il a déjà figé l’action, il serre de toutes forces et bientôt aux fêlures se succèderont les ruines. La longue agonie enveloppe mes soirées et mes nuits, la journée j’ai toujours la possibilité de survivre et de m’embarquer dans des sujets si éloignés qu’ils sont devenus une sorte de drogue hallucinogène. Celle qu’on prend pour ne pas admettre que le monde qui nous environne est pourri depuis la racine préhistorique jusqu’au futur apocalyptique. Une drogue qui effraie parce qu’elle est carnivore, une dame blanche qui vient prendre et ramène toujours au même point. Le non-retour est une espérance que je ne saisis pas.

Ma vie saharienne.

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24 décembre 2014

     Au son d’une basse lancinante, je scrutais tous les aménagements qui constituaient une gare, ses acteurs aussi. Je croyais deviner un couple adultérin en phase de retour à la situation normale, sans doute vacillante. Il y avait les individus toujours en proie à la panique quand ils sont chargés de vérifier trop de paramètres à la fois : l’horaire, l’heure indiquée par les horloges dont le design avait encore du coûter bien cher pour un rendu non consensuel, la place et le numéro de wagon indiqués sur le billet qu’ils regardaient deux fois pour être sûrs de ne pas confondre l’un avec l’autre. Les quais qui voyaient des milliers de vies passer plombaient nos humeurs quand on les foulait ; tout devenait lourd au moment de s’y aventurer, les réjouissances comme les spleens. Les pylônes inertes en apparence parés à délivrer une sacrée dose de volts pour nous conduire là où nous ne voulions pas aller, là où nous désirions nous rendre. C’était au choix, ça dépendait des cas et des fois. L’habillage des voies en cailloux calibrés ne donnait rien de naturel à ce décor grisâtre technologique. Il était loin le temps où le chemin de fer prétendait l’aventure.

Le paysage défilant encore une fois, je me demandais si à force d’avoir aimer prendre le train, je ne m’en étais pas lassé. On finit souvent pas exécrer ce qu’on a adoré, malheureusement. Je ne voyais plus le cerf et sa famille depuis longtemps. L’hiver avait encore une fois révélé son lugubre état à notre environnement. L’errance en ligne droite donnait le mal de voir. On traversait le temps et l’espace trop vite pour en faire partie et néanmoins on se sentait apte à juger les choses qui devaient se passer au moment éclair où elles étaient aperçues : un tracteur mobile au milieu des champs, une file de conducteurs coincés dans leur voiture et prisonniers des conneries radiophoniques, des salons allumés dans des nouveaux lotissements étriqués, des vieux poteaux de bois rachitiques tels les vestiges d’une civilisation révolue, des revêtements de bitume de ci de là fantômatiques, un ciel qui s’étendait au fur et à mesure que nous avancions.

Je rentrais pour la fête de Noël plus tôt, personne ne m’accompagnait encore dans le wagon. J’étais dans une atmosphère cotonneuse, loin de trouver mon bonheur et éloigné de la personne avec qui le déployer. Ni heureux, ni vaincu, juste agité par une multitude de questions auxquelles je ne trouverais guère de réponses. Beaucoup de trajectoires me paraissaient beaucoup trop droites, j’avais foi dans les imprévus et les virages. Mais dans notre société, c’était presque une hérésie de théoriser sur la valeur des accidents et l’infertilité des destins tracés.

Aucun signe ne vînt lustrer mon état. J’étais terne ce jour. En y réfléchissant un peu, je me souvenais que la dernière semaine de décembre est à double tranchant pour nous, les membres d’une société moderne occidentale. Comme une lame affûtée et brillante, elle tranche dans nos émotions et nous laissent libres de préférer la part magique ou la part dramatique. Concentré, je regardais encore une fois à l’arrêt le théâtre dans lequel je m’étais senti capable de jouer : les lampadaires venaient de s’allumer. J’avais envie de pleurer. C’était comme une tempête contenue dans une bouteille en verre : je pouvais continuer encore comme cela, mais il se pouvait qu’à la suite d’une inattention, d’une maladresse, d’un geste involontaire, mon enveloppe se brise irréversiblement et que la rage me quitte pour saccager tout sur son passage.

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23 décembre 2014

     Vriller sous le soleil, c’était mon habitude préférée quand j’étais là-bas. Et comme tout humain, j’avais envie de brailler ma nullité à me fondre dans le monde. L’incapacité est un démon incroyable quand elle est intériorisée et contrôlée. Je me disais qu’au bout de la côte je trouverais l’aisance pour laisser s’échapper dans un pic de décibels tous les soucis stratifiés de l’année écoulée. Une ligne d’horizon distincte, une platitude maritime, un calme idéal à briser par ma colère et ma souffrance docile.

Quoiqu’il arrivât, il fallait toujours se nourrir du heurt et du bris pour aller mieux, m'eus-je dit en rebroussant chemin.

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     Le dessin circulaire invisible que ses formes créaient me faisait penser au vice des mouvements silencieux répétés dans le Monde, par la Terre, dans nos vies, comme par nos cerveaux. Des mouvements en rien saccadés mais bien régis, tant le principe de gravité demeurait implacable, sur le solide comme sur le pensé. Comment se sortir de cette perversion naturelle ? Comment oublier qu’à la fin de chaque cercle dessiné, on retombait dans la même direction et le même désarroi ?

Nos idées étaient comme les marées qu’on aimait avant, avant de comprendre que ce « sans cesse » agaçait et venait détruire nos premiers frissons et nos plus belles promesses d’être, pour cette fois, différent. Je n’avais jamais senti en moi avec autant de force la clairvoyance du moment : ces cercles me nuisent chaque jour que l’on fait tous. Ces cercles voluptueux en apparence et cruellement dominateurs ne nous entraînent nulle part, mais nous racontent toujours la même substance de notre vie : tu peux oser faire autre chose, tu peux croire faire différemment, mais tu n’es qu’un corps et qu’un tas de pensées soumis à la gravité, à la tentative d’échapper, puis à la gravité, et ainsi de suite, comme tous les autres.

Au moment de me sentir haineux d’admettre notre condition de cobaye illusionné mais condamné, je reposais mes yeux sur les cercles que dessinaient ces deux seins en belle cadence. En me focalisant sur chacun, j’avais deviné le vice. En essayant de regarder panoramiquement sa poitrine, je me demandais si finalement ce n’était pas l’infini qui se dessinait.

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20 décembre 2014

Comment rejoindre la Turquie ?

     L'âme sèche, je projetais de rejoindre facilement la côte Lycienne et en profiter. J'imaginais aussi filer sur Istanbul et y passer quelques jours noyé par la densité, électrisé par la paresse de vivre parmi 15 millions de personnes. Mais sachant en fait qu'au sud, je trouverais davantage la tranquillité, une soirée fraîche devant le feu d'une cheminée, d'un poêle ou du dehors...

Je m'engagerais peut-être à prendre le bus pour faire croire qu'on arrive à s'occuper. Pour illusionner que c'est ce que je voulais faire, ce que j'aurais voulu faire.

Il y aurait finalement l'éternel recommencement des choses. Seulement des centaines de petits plaisirs perdus dans l'immensité des rêves. Des rêveries, puisque ce mot sied plus à ma situation : devoir construire un gouvernement de pensées optimistes et infiltrantes alors que je suis environné par des gens noyés, ou presque, qui cherchent tous à féliciter la même chose que moi : d'y arriver, de flotter, de ne pas se faire submerger, pas trop souvent. Sauf que, sachant que la submersion est inéluctablement déjà passée, ils se mentent. On se ment, et depuis le début de cette idée, je me mentais.

L'imparfait est l'équation à déchiffrer pour se défendre de se noyer consciemment. – Je me mentais – n'équivaut pas – je me mens – dans la phrase précédente. Jamais le présent n'aura la classe de distiller à la fois de la rêverie et de la fatalité.

[Un motard passe et fait gronder sa machine le long du boulevard. Le présent a vraiment une sale gueule.]

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13 octobre 2014

Le dard

Laminé par les rouleaux étincelants
et puisant dans mes dernières colères
J'imaginais un plan, un vent tournant
Qui devrait, aurait pu te faire taire

Le dard prêt à être enfoncé
Le regard dans le vide détesté

Tout cela m'avait paru, un instant
A moi seul sans doute bien trop clair
Une courbe, une trajectoire, un élan
Mais on suit docile une marche funéraire

Le poignard dans un coeur fané
Mon cauchemar : ne pas le retirer

Posté par dE tRAVERS à 02:30 AM - Commentaires [0] - Permalien [#]

Traversée des polders méconnus

Les yeux lourds comme la fonte

Je veux voir dans chacune de mes allers et venues

Comme une échappée au malheur qui monte.

 

Des successions, des répétitions

De la nature docile maîtrisée

Je n’en dors plus de mes sales impressions

Qu’à force du mal on se trouve davantage civilisé.

Posté par dE tRAVERS à 02:22 AM - Commentaires [0] - Permalien [#]