dE tRAVERS

22 décembre 2018

Un autre souffle

        Il existe dans nos abysses des courants si forts qu'ils peuvent nous renvoyer plus haut que la surface dont nous avions l'habitude. Il existe des forces qui nous permettent de briser les docilités dictées par nos "n+" comme il est bon ton d'écrire maintenant. Je vais repuiser encore dans mes veines jusqu'à les vider pour ceux que je vais aimer malgré ces tsunami et ces verres de vin répétés. Il en coûtera sûrement quelque chose : je perdrai ma femme, elle perdurera à vivre dans mes flammes, on s'aimera à se damner... qui sait. Mais je cracherai encore et toujours aux faces des abuseurs de pouvoir. Ils n'abreuveront pas ma soif de modestie et d'altruisme. Eux qui se pament de comprendre et de dessiner la vie des autres, eux qui se parent d'atours alpha pour séduire leurs femmes ou enfants qu'ils ont perdu il y a longtemps quand ils suivaient seulement le filon de l'aisance et de l'errance capitaliste. Eux qui miment une élégance et une culture alors qu'ils se complaisent dans l'étalage social et le qu'en-dira-t-on local. Eux qui emprisonnent les petites pensées dans des petits deux pièces et les inspirants dans des bibliothèques design au salon. Eux qui méritent qu'on se batte encore et encore pour les remettre à la place du bouchon dans le goulot d'une bouteille de vin à moitié vide. Eux que rien n'a rendu indispensable à part la haine et la méprise. Eux qui pianotent sur leur tablette et leur ordinateur de bord comme ils pianotent sur le corps de leurs amant(e)s. Mes profondes espérances ont la puissance de mes doléances, que vous en soyez témoins, ils devront s'agenouiller un soir ou l'autre de vent de noroît et balbutier qu'ils ne voulaient pas, qu'ils ne savaient pas, qu'ils ne sont que des individus comme les autres et alors au bout d'une nuit de répentis, de tremblements et de reconditionnement, nous aurons vaincu et nous pourrons clamer librement que la vie est juste et acceptable pour tous.

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Je me souviens de ta cuisse gauche qui fila vers la fenêtre et de la scansion de tes lèvres, les grandes. Le gyrophare de la police suivi de la sirène si caractéristique ne brisèrent pas mon attention : tu m'exposais ton toi dans sa plus belle expression. Les seins lâchement abandonnés par un soutien-gorge corbeille domptaient progressivement mes mains nerveuses. Ton entrejambe si lisible hypnotisait ma langue. Il faisait froid dehors et frais dans le couloir de cet hôtel d'un autre temps. Au moment où la contagion emplit nos esprits, je ne me doutais pas que tu allais gourmande, comme je l'eus fait quelques minutes avant avec ton clitoris, te délecter de ma destinée éphémère longiligne. La bouche remplie, tu devais certainement capter le rafut dehors et les flux sanguins de mon sexe qu'élisaient sans hésiter mes sentiments. Je ne scrutais vraiment rien, mais l'éclat du verre de la fenêtre... Ce verre où rebondissaient les phares et les feux urbains. Si je me souviens de la suite, c'est sur une moquette rèche que tu calas tes fesses passagèrement plates. Tu délivras ces mots bannis du vocabulaire mondain en écartant tes cuisses : j'allais disparaître dans la noirceur de ton abysse à jamais pendant que les bleus et les rouges des alentours contextualiseraient ma délectable obligation de me soumettre à ton souffle et à ta saveur.

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21 décembre 2018

Allez bons vivants vers les nappes épaisses de l'ivresse

Ayez au moins le cran de mesurer la portée de vos excès

Riez quand les agapes de nos promises jeunesses

Avortent, quand se rancent la joie du festin partagé.

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Olympos

           Et le vent portait mes vieilles inspirations bien haut. Au-delà des contours diffus des masses nuageuses, l’espérance se métamorphosait en contre-jour de plus en plus difficile à discerner jusqu’à devenir imperceptible à œil nu et humide. Dans le miroir virtuel de ma conscience, s’échappaient ma jeunesse et ma crédulité ; j’avais presque eu la sensation qu’elles débouquaient soulagées en esquissant un sourire que ne guidait aucune amertume. Dans ma visée, que de choses insaisissables et fantomatiques qui excitaient troubles et angoisses diurnes – les nuits m’étaient devenues limpides et désertiques après tant d’années à les agiter aléatoirement – ; je coulais bas à la manière des vaisseaux d’antan qui avaient enduré des voyages aux antipodes et qu’on accablait de projectiles pour une raison capitaliste ou vengeresse. Je présumais venir le temps du recul de ma femme et de l’objectivité de mon enfant, mais la sensation la plus confondante venait de l’impression que j’avais illusionné en faisant ce qu’il fallait, exécuter les actions pour subvenir à notre fonctionnement. Plus les jours se stratifiaient, plus le questionnement envahissait mes pensées : j’aurais donc eu l’imprudence et l’orgueil de prétendre que mes choix étaient les plus judicieux en observant, au sens strict de l’observance, qu’au fond de moi-même un doute inconscient, latent, allait finir par jaillir, comme une lave conjurée par les esprits clairvoyants.

Au moment de pincer la broche rouge sur la cosse oxydée de cette voiture à carène grise, je sentais profondément le repli de mon être et considérais qu’il s’agissait de l’achèvement dérisoire de mes années d’entraînement à envisager le meilleur. Un bolide passait et l’effet « auto-tune » du morceau écouté par ses passagers me glaçait le sang. Je croyais qu’on aurait dit le gémissement d’agonie d’un robot humanoïde déclassé.

Je rêvassais à ces bains éternels qu’on prenait dans la baie d’Olympos accompagnés par des cris lointains et des roulements incessants de milliers de pierres érodées. Nous étions à l’abri d’un mastodonte plutôt verdoyant qui avait mieux inspiré, bien avant nous, les navigants et les vagabonds. Les sombres songes des dimanches d’hiver étaient effacés. Les rires et les fantasmagories du pirate en action domptaient mes peines. Les aréoles « très séparés » de celle qui partageait toujours mon sommeil piquaient les yeux et tentaient mes lèvres. Toi qui contemplait le Monde, ne pouvais-tu voir la pureté de mes élans et de mes simplicités ? Toi où régnait la paix que les Titans auraient jalousée, n’aurais-tu pas voulu me faire le signe de cesser de croire en l’orgueil et de préférer l’oraison ? Car ici, le cœur dictait les choses et l’esprit s’effaçait pour le plus grand bien de la vie. Pour le plus grand bien de ma famille. La façon dont on touche la pureté, on ne la devine qu’au moment des vomissures dominicales.

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18 décembre 2018

Tourmenté par la mi-décembre, je n'assume plus mon optimisme

Vie ôtée de mes membres, posthume réflexe d'héroïsme

Je crois le faire sans qu'on puisse me le reprocher

Et c'est l'hiver de mon énième risque d'aimer

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15 décembre 2018

            L'adjoint à la Culture, le Direction général adjoint, la Directrice générale adjointe et tutti quanti s'affairaient à se considérer indispensables et supérieurs. Mon enfant jouait à se sentir grand et plus fort qu'il n'était. Les résidents du 16e arrondissement s'effaraient que leurs enfants eussent si peur ce samedi et leurs commerçants de quartier, les yeux rougis, se sentaient pour la première fois, depuis leur dernier divorce, abassourdis par tant de difficultés. Pourtant, je ne me souviens pas avoir ressenti tant de fragilité dans les cœurs français lorsque s'amassaient par milliers sur les barrières turques ou hongroises des familles explosées. L'instinct ou la tactique de supériorité prend forme dans de multiples scènes de nos vies. L'irascibilté des uns, le nombrilisme des autres, la complainte est une chance des munis.

L'hautaineté inspirait mon insolence. J'exprimais poliment à chacune de mes rencontres - limitées par décision hiérarchique - une bienveillance et une sympathie qui agaçaient davantage. J'aurais dû bouillir, je devais me désoler et pourtant je résistais vaillamment en affichant un contentement feint ou mitigé. Lui, ce directeur, sombrait jour après jour dans la décomposition mentale et physique. Il devait s'en rendre compte, au moins par l'intermédiaire de sa femme ou de ses enfants, si ce joli petit monde était resté. Sa supériorité payé comptant chaque mois, son professionnalisme (je ne doute pas qu'il en ait eu) était rongé par son observance des règles politiques. Et je percevais dans ma modestie salariale ma liberté.

Les gilets jaunes barraient enfin la route à ces dogmes perceptibles à chaque coin de ce pays merdeux : les uns prenaient, les autres se contentaient. Quand bien même leurs idées les entraînaient dans des débordements et des saccages hasardeux, il me semblait que notre sommet et ceux qui s'y accrochaient avaient mérité cela. Eux qui consommaient sans sourciller leurs vacances rares et méritées dans des palaces animés mécaniquement par des pauvres gens. Eux qui avaient plus que quiconque le droit à la dilettante. Eux qui oubliaient le temps d'un repos qu'ils pourrissaient aussi la vie des autres. Les gilets jaunes leur en promettaient autant. Le feu de toute cette fable, c'était l'argent. Tous en manquaient fermement, mais certains en manquaient pour être, d'autres en manquaient pour paraître, et au loin à des milliers de kilomètres, une fois que les bombes avaient signé le territoire sablonneux ou terreux et en le marquant ainsi avait brouillé le concept de la possession, d'autres communautés cherchaient à rester vivantes.

Des gilets jaunes leur auraient craché à la figure parce qu'elles mettaient en péril leur lutte intime. Des habitants du 16e auraient détourné le regard parce qu'elles semblaient porteuses d'une maladie contagieuse innommable. Quelque part, un dénominateur commun existait entre ces deux franges qui ré-apprenaient à se détester enfin.

Je devais choisir un camp, pourtant. Je pris le parti du casseur. A en juger les mondes alentours qui se décomposaient et qui par le passé avaient sans doute mérité la palme de l'élégance civilisationnelle - pauvre président avocat qui se croyait aussi cultivé que vélocycliste -, il m'apparût clairement qu'il était plus logique pour accepter l'autre venu d'un endroit défait, qu'il était plus constructif de défaire mon propre environnement. De briser la chaîne opératoire bancaire ; d'espérer l'éradication pure et simple de la publicité et des communicants inutiles à la vie humaine ; de balancer sur l'agilité des énarques et de leurs fils ou filles à conserver les postes privilégiés sans compétence aucune ; de murer les magasins alimentaires de proximité du groupe Carrefour ; d'en profiter avant pour écraser les cartons de sucreries handicapantes et de produits gavés d'huile de palme ; de sacrifier un crossover sur l'autel du délire obsessionnel du quarantenaire séduisant...

La vie que j'avais pu quand même apprécier ailleurs m'avait permis de comprendre qu'on peut se satisfaire de tout ce qu'offre le Monde en évitant soigneusement tout ce qu'offrent les hommes. Il ne restait plus qu'à revenir à cet état et s'il le fallait, nous devions incendier les boutiques franchisées du 16e, les agences bancaires pullulantes, les bureaux des promoteurs, les offices de consultants, toutes les vitrines des usuriers. Ce n'était pas tant leur "tour" qui me dérangeait, mais leur manière d'user le sol que foulaient aussi bien les muets que les nantis.

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02 novembre 2018

        J'entends la nappe sonore qui berçait les gens aigris des années 1980. Je continue à marcher dans ce sentier enneigé d'Anatolie. Je sais que j'ai un fils. Je sais qu'une femme m'aime. Et je cherche encore à comprendre pourquoi je ne suis pas heureux. Je me rapproche de l'âge où je croyais qu'il ne pourrait plus rien se passer et je sais que, selon le schéma de ma vie, il ne se passe plus rien depuis plusieurs années. Je voudrais couper les mains des influenceurs et des instagrammers. Je prends ce panorama comme un signe qu'il faut éviter le plus possible les égo-publiés. Je broie le noir qui entoure ma famille et qui la noiera, je le broie tant que je peux avec mes doigts et mes maxillaires. J'aiguise mes arguments pour cracher avec intelligence sur les autocentrés.

Ce matin, le soleil a déclaré son absolutisme. J'ai appris à re-aimer mon frère sans le comprendre.

Ce matin, le soleil a déclaré son narcissisme. J'ai regardé autour et compris que ce n'était qu'une injure à mes idées. J'ai souhaité serrer dans les bras mon fils pour le faire disparaître de cela et de ceux-là. Je n'aime pas ce qu'il devra affronter, les souvenirs de son père et les colères de son monde. Si j'avais pu choisir, je ne l'aurais jamais fait naître, car ce monde ne pourra que le briser comme il m'a déchiqueté. Ce monde aussi incroyable soit-il, aura été pourri par nos orgueils et nos prétentions. Et dans tout mon délire, je mesure comment sonne ce pathétique sentiment de se rebeller et de vouloir couper les gorges de ceux qui ont l'impression de s'en satisfaire.

Je brise alors le pare-brise de ma condition. Je rénifle l'air. J'énumère les prénoms qui ont fini par assouvir leur besoin de se répandre de tout leur être dans le bain moussant d'une chambre d'hôtel d'un pays anciennement colonisé. Je considère les pianos, les légendes de clichés dégueulasses d'ailleurs et les commentaires des amis fidèles. Je ne m'en sens pas mieux ou pas plus animé. Je me fane pendant que d'autres voient. Je me fane si simplement que je vois au moins qu'il me reste une nature. Et les autres existent parce qu'ils figent la vie d'une pression de doigt et d'une satisfaction passagère. Et les autres se délectent à partager ce qu'ils ne savent pas embrasser. Et les autres ont l'argent que je n'ai pas, mais de l'affront ils n'ont n'en guère. Comment encore cracher sur le monde quand vous pouvez vous l'offrir ? Je préfère qu'un monde s'offre à moi plutôt que l'acheter. Ma vie est à pleurer et je l'assume si fort que je pourrais en choquer père et mère. Je sais que personne d'ici n'aura jamais compris comment je me suis débattu pour essayer de faire croire que j'en étais. J'en étais... Et quand je regarde mon fils dans le miroir de la salle de bain qui écarte ses lèvres pour observer la blancheur de ses dents, je tarde et tarde et tarde à exprimer en silence que cela ne corrige en rien ma vision. Je voudrais qu'il change cela, je voudrais que son existence change cela, puisse changer cela. Je voudrais que mon fils me donne une raison d'aimer ce que je suis et ce que je fais et ce que je vis. Je voudrais qu'il vive avec ce bonheur d'avoir un père heureux. Je le voudrais si fort que je vouvoies cette idée.

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27 octobre 2018

Mes larmes sont pleines de toi

              Appuyé sur un oreiller difforme, je scrute ton profil naissant. Tu chuchotes une chanson qui annonce ta nuit. La beauté du moment me fait rappeler la puissante émotion que j’encaissais en prenant ce virage au nord de la Thaïlande qui surplombait les plaines verdoyantes où s’usaient les cueilleurs. Tu laves mon monde pitoyable de ton humeur vagabonde et incendiaire. Au bout de ta deuxième reprise, j’ai fondu plutôt intérieurement, mais l’abondante émotion a doucement marqué le coin de mes yeux. Appuyé sur un oreiller difforme, las de trainer un porte-monnaie plus vide que ma vie, je me sens meilleur, un instant, en pleurant.

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14 octobre 2018

                 Le caddie a changé, je prends pourtant le même temps pour passer du sous-sol grisâtre au rez-de-chaussée faussement chaleureux. Le bonhomme que je pose dedans est déjà lassé de l'exercie. Les consoles sont pleines à craquer, les poches sont vides comme chaque jour, les marchandises se créditent sur nos lignes d'espoir. L'autre année, je jaugeais mon plaisir à profiter de cet insensé circuit entre frais et congelé, sec et conservé, empacté et unitaire. Quelle hypocrisie m'inondait alors ? Je suis comme mon bonhomme à la recherche du truc ou du détail qui me fournira l'oxygène nécessaire pour m'en sortir. Lui, plane sur les figurations saturées des boîtes de jeeps et de voitures, moi sur le nombre d'étiquettes d'alcool que je n'ai jamais lues pour éviter de répandre ma rage trop loin. Une vieille dont je me surprends à aimer son parfum s'impatiente que l'étiquettage automatique ne permette pas d'augmenter davantage la cadence, bientôt elle ira blâmer la caissière qu'elle ne devrait pas recoiffer sa mèche entre le scan de sa coloration et de son fromage de brebis biologique. Je continue ce chemin qui ressemble aujourd'hui à un parcours systématique d'hamster enfermé pour les beaux yeux d'enfants libres de courir et de dépenser leur stress de bonheur familial. J'atteins les glaces qui tapissent la poissonnerie et j'y trouve un réconfort certain : j'ai la possibilité d'expliquer une vie sur la base de dépouilles et de faire imaginer l'océan grâce aux extractions que nous en faisons. Las, je m'interdis de croiser le regard de cette femme, pardon de cette jeune femme, qui n'a cure de ce que peut penser un mec de mon âge, voire de mon rang, mais je le fais. Je ferme les paupières, je respire, je rouvre mes yeux et les braque sur la chevelure de mon bonhomme, je l'appelle et lorsqu'il se retourne, je rouvre mes artères sentimentales en pensant que cet exercice en caddie comblera celle qui m'attend. Je m'effondre de cette conclusion. Il se fige et m'observe étalé sur les carreaux crasseux du supermarché. Il se demande quel jeu puis-je bien jouer. Je ferme les yeux, le caddie à portée de doigts. J'ouvre les perspectives et me relève en proposant à mon bonhomme que ce caddie devienne notre seule chance de sortir de cet endroit ruinant. Il me sent à nouveau capable. Je tourne en direction d'une allée indispensable qui contient les serviettes hygiéniques et les préservatifs qui n'ont finalement jamais préservé les hommes de leur bêtise et de la traîtrise des femmes. Je me retrouve dans une file d'attente suspendue à l'éventualité que tout mécontentement puisse embraser tout un chacun. Le temps compte même dans ces moments où rien ne se passe. Les mains de la caissière sont d'une incroyable délicatesse qui me rappelle les caresses estivales de mes zones érogènes. Je me dis que la journée est faite pour baiser sur le canapé. Le soleil se devine derrière les baies vitrées qui bordent ce territoire malsain et compact. Ici tout s'achète, dehors tout sera jeté. Comme ce concept est bien fait. La caissière devrait sourire si on lui en donnait l'envie, je laisse le rôle à mon bonhomme nettement plus doué et altruiste que moi. Mon caddie est une prison aux barreaux fins mais nombreux, mon fils est assis sur la chaise rouge du comdamné et je le guide chaque mois dans la bouche de l'enfer.

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13 octobre 2018

       En passant le temps, je posais ma main sur cette plante à ma droite. Je caressai une feuille d’aloès de la Barbade et me surprenais à apprécier simultanément la douceur et la douleur du ressenti. Revenait alors l’idée à laquelle j’avais pensé hier : comment la noblesse et la beauté des échanges pouvaient se faner quand s’instituait la possibilité du commerce et se pourrir dans la logique des marchés ? Etait-ce encore possible d’éprouver, dans l’objectif de la dépasser, la dualité du pour et du contre, du nécessaire et du contentement ? Fatigué, je sélectionnais un morceau de Sharon Van Etten qui évoquait sûrement l’amour ou autres choses fragiles et perdues. Je ne demandais qu’à pleurer de me sentir si mal dans ce monde. Mes environnements me saoulaient, mes espérances se détournaient, mes amis et ma famille ne saisissaient plus les regards paniqués que je portais sur tout et sans doute ne supportaient plus les soupirs répétés que j’expirais sans contrôle.

Octobre enfilait ses jours, j’enfilais mes peines. Mon fils accumulait ses peurs et ses rires. Tout fonçait dans le mur et je feignais de croire qu’on pourrait s’en accommoder et s’en foutre de cet écrasement inexorable. Je crois même que je m’étais déjà enfoncé le crâne et le cerveau dans ce mur, il ne devait probablement ne rester plus que ce qu’on appelle, par ignorance, l’âme. Elle, qui me tenait encore un peu droit pour les autres.

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06 octobre 2017

        TER 84455. J'étais le prix à payer pour qu'ils restent en vie. Je ne voulais pas le concevoir. Je remettais la fin après un autre début, une autre excuse.

— Je paierai de ma personne et ils auront la jeunesse complète et jouissive. Je ne serai plus jamais sur le podium, mais que le souvenir d'y être parvenu. Et embrassé pour avoir été gagné avant un autre prix plus important, plus ambitieux...

TER 84520. Les croyants ont un culte de la mort malsain, je crois. Cette fascination pousse parfois, par son aspect le plus sombre, à imaginer un état perpétuellement nourri par le deuil, la perte d'autrui et en conséquence à le ressentir de tout son poids au cours de la vie. Une vicieuse dépendance au malheur et à la souffrance qui me semble enseignée principalement par les discours religieux. Opposée à l'hédonisme, l'idée du salut de l'âme et de l'Homme par/après la mort provoque le concept d'un compte à rebours, d'un destin ou d'une errance dont l'énergie vient du désespoir de vivre et de l'attraction de l'au-delà. Les morts nous hantent et nous chassent du chemin de la jouissance terrestre... (tellurique presque). La mort nous sert à pleurer le présent et à croire au futur alors même qu'elle devrait servir au contraire ; côtoyer la mort n'est pas un signe à déchiffrer, c'est une réalité à manipuler.

Paris CDG. Le hall rassasié de souvenirs et de complaintes touristiques internationales, j'y ressens le déchirement au fond de mes tripes, nerfs à vif ; il suffirait de se contenter de peu pour être comme les autres (presque tous, car j'ose penser que quelques-uns sont comme je suis, sont nuisibles). Avoir toujours l'air positif est un fardeau qui lorsqu'il chute dévoile une insuffisance naturelle et une faiblesse acide qui éclaboussent et détournent.

Je domine les nuages mouvants et statiques, leurs tourbillons de coton, et file à quelques centaines de kilomètres à l'heure vers un territoire damné. La malédiction ne peut plus s'effacer, mais seulement être acceptée. Si on force un peu l'imagination, on devine parmi ces nuages les bras des défunts engloutis à jamais, des vapeurs brûlantes et nauséabondes, des végétaux flétris ou tortueux, le tout dans une gamme de gris opaques et lavasses. Rien ne transperce, rien ne s'aperçoit à l'horizon. Le marécage est étendu tout autour de moi ; je domine un bourbier dans lequel, bientôt, on va me pousser ou pour lequel je suis destiné. Il doit bien exister encore un sentier au sec et une voie de secours dans ce territoire.

Je me réveille ce jour avec la nette impression que la vie qui m'entoure et m'enveloppe est friable comme le tuffeau des hôtels anciens. Et je me surprends à éponger mon front ridé et contenir un souffle abîmé par le temps et les désinvoltures passées. Le reste qui est prêt à se déployer devant moi aura raison de mes ultimes certitudes, sans doute, et me rendra complètement esclave de ma vérité. La vie qui me reste n'est plus que la vie qu'il m'est possible d'avoir. Et les radios inondent les cuisines ou salles de bain qu'animent corps endormis et dénudés et torturent leurs cerveaux perdus qui se réveillent. Et en deux minutes se révèlent les guerres civiles environnantes, les coups d'état en marche, les calamités sociales du temps, les déplacements de capitaux et de réfugiés, les actionnaires dans leurs pavillons, le tout arrosé par une annonce météorologique plus propre à insurger le monde. Le black-out hebdomadaire des médias serait peut-être un bonheur ponctuel à défendre.

Coincé sur le siège d'un bus dans les routes départementales funèbres d'un début de soirée automnale, je pense à cette fois lorsque je descendais sur Genève. C'était du temps de mon amour lyonnais. De mon égarement le plus mérité et le plus secret. Le blues tramait ma vie chaque seconde. Je ne conduisais plus de voiture et plus ma vie, celle-ci jouait avec moi et avec ses jours qui pouvaient irradier mon corps tout entier, à dessein. Des yeux sans fond et des mots sans fin m'animaient par intermittence et saccade. Et il faut parfois un ténébreux retour chez soi pour se remémorer la finesse de ces tatouages intérieurs. Je suis devenu en un instant aussi triste que ces néons d'éclairage plafonniers de gare.

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18 novembre 2016

La respiration de novembre

        Pendant qu’un homme probablement de quinze années de plus que moi se dandine pour reluquer l’allure d’une jeune femme assise à côté de nous, je sers les dents face à l’inconnu. Je dois attendre deux jours et demi pour savoir si la douleur qui me lance au-dessus du cœur va conduire à ma fin. Cela ressemble aux vagues de ce matin qui gagnaient le parement de pierres taillées pour s’y cogner d’un bruit sourd, puis la charge s’interrompait quelques minutes pour mieux repartir au fur et à mesure que l’heure de haute mer s’approchait. L’homme, les traits ciselés du plaisir goudronneux sur son visage, avait lâché prise et s’était finalement assoupi la tête posée sur son blouson négligemment enroulé pour amortir les secousses de la tablette. La culpabilité de peut-être abandonner ma femme et mon fils dans cette vie avait doucement rongé ma journée jusqu’à se dévoiler complètement à la lueur du soir. L’écriture apaisait cette angoisse respiratoire et cette inspiration angoissante. L’homme réveillé avait profité de l’absence de cette femme brune féline pour nettoyer l’interstice de ses dents avec les coins de sa carte d’abonnement. Le paysage défilait, je trouvais le temps long, trop long. J’allais, qui sait, le trouver peut-être bientôt court, trop court.

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30 octobre 2016

       Nous courions au loin et respirions des airs de pins marins au moment d’inspirer. La mer vibrionnait. Tes yeux reflétaient la bravoure de l’humaniste et les siens la régularité de l’amour. Je suivais de loin, je vous voyais de loin. Tu pointais en tête, sautant de dénivelé en dénivelé, cherchant l’impulsion ultime sur un tronc d’arbre mort, frayant ton chemin entre les pierres déchaussées. Elle courait avec l’appétit de la lionne de mordiller fièrement le cou de son petit. Je suivais de loin, je vous voyais un peu moins. La chaleur remontait d’un cran, les arbres ne couvrait plus autant, le sol plus rouge nous faisait davantage déraper. Au bout, heureux de se retrouver, nous prenions le temps de savourer et de parler. Toi, tu étais déjà venu il y a de cela 13 années, elle aussi, mais avec moins de conviction. J’étais là aussi crevant d’envie de vous remercier de marquer de si beaux lieux de notre planète ensemble. Car l’éternité ensemble, je la désirais plus que tout au monde. Mes routes avec vous seraient mon éternité, j’avais signé pour finir comme cela.

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          L’infrarouge de ma souris illumine d’une couleur sang mon verre de vin ou plutôt celui de ma femme qui ne l’a pas fini. A ce moment précis, j’ai rempli ma fabuleuse mission d’étendre le linge. J’ai pu constater qu’en silence, sans rien vraiment transpirer, je savais que tes pyjamas avaient changé. Les couleurs plus que les tailles, c’est mon observation. De nouvelles rayures, des oranges contre des bleus. Fils, sur ce balcon face à la voie ferrée, celle que tu tripes, je passe du temps à contrer le blues et le brise-amour qui règnent une fois adulte. Il faut se battre chaque minute contre soi-même pour apprécier la vie qui passe. Il faut se débattre des systèmes engluants qui nous cernent telles des amibes en perpétuel glissement circonsphérique. Le long de nos trajectoires, un millier de choses pourraient nous figer.

La moitié de moi en a déjà souffert, il ne reste plus que l’autre. Ce chemin qui nous menait au phare était un sentier de guérison contre toute cette pourriture. Je vieillis, mon amour, je me ressers et me ressens plus attristé que blessé. Ce moment est grave et déterminant. La folie qu’il me reste est comptée. A cet âge, on se préoccupe d’avoir gagné sa vie, « réussi ». A mon âge, on doit pouvoir assurer le confort de sa famille bien qu’on n’assure plus vraiment connaître l’amour. Cette moitié donc, elle seule nous vaut encore l’idée de prolonger la route.

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18 mai 2016

Rappelle-toi quand les heures à fouler les trottoirs bruxellois se comptaient sur les doigts de nos fébriles mains et lorsqu’intimidés par l’idée de commencer une autre vie encore plus folle que les précédentes, nous prenions confiance en nous en commandant un café, puis un deuxième alternés avec des cigarettes légères. Le temps et l’été étaient lourds de sens, vraiment. Les incroyables vagues qui me submergeaient comme jamais celles de l’océan n’avaient pu le faire ondulaient de tes sourires.

Bruxelles, ses voies ferrées et ses hôtels à confort modeste, se gravait sous ma peau tranquillement. Personne n’imaginait là où je vivais ce qui allait se passer, ce qui se tramait à chacun de mes départs vers un autre pays d’Europe. Je zonais parfois entre les deux gares de Lille, calmais l’ardeur des battements de mon cœur, mais jubilais.

J’utilisais ce que je savais de mes erreurs passées pour ne pas foncer tête baissée, aveuglé et rêveur. Sauf que je me sentais viscéralement happé une nouvelle fois par la faucheuse rouge. Au diable le passé, au diable les avertissements, les panneaux qu’on heurte pour toujours.

Bruxelles en écho à Istanbul, l’intérieur européen après la presqu’île marmoréenne. Des allers-retours sur le Bosphore, je retenais la faille qui venait de s’ouvrir et dans laquelle j’avais chuté sans mot dire. Aux arrivées à la gare belge, je me noyais dans une mer agitante et stimulante. Le séisme prévu dans la majestueuse syncrétique capitale turque, je l’avais déjà subi. La mutation de l’Europe mal supportée dans les salles de réunion du conseil intergouvernemental, elle avait déjà atteinte l’administré que j’étais et beaucoup plus profondément qu’un règlement ne pourrait jamais le faire. La saveur du monde connu m’emmerdait, les senteurs d’une nouvelle ère tels les arômes mélangés de l’orient et de l’occident me torturaient l’esprit et bloquaient mes envies.

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05 avril 2016

          La fièvre surgit tard et s’évanouit dans la nuit profonde. La lourdeur portée de la journée rallume à chaque fois le mal. Il n’y a pas de bêtes dans les prés. Les végétaux subissent aussi cette irrégulière progression du temps. Tout semblait caractériser une année normale jusqu’à ce moment où les hommes ont décidé de refuser les autres hommes. Les grandes migrations ont troublé l’époque, le temps a accompagné cette torsion.

Pendant ce temps, les kits de suicide manquent dans les cellules, et sans doute dans toutes nos vies mal menées qui se ruinent au fil des desserts d’anniversaire. Les villes déploient pour certaines des nouvelles prétentions urbanistiques qui font le bonheur des sensibles de l’Urbex. Il n’est pas non plus rare de constater que ces mêmes villes cachent la paupérisation galopante derrière des slogans, des identités visuelles, des gadgets promotionnels ou des zones d’activités économiques qui connaissent leur énième essor, leur nouvelle extension. Ce peuplement économique jouxte les nouvelles boutiques bioéthiques qui ne poussent, il me semble, que pour l’appât du gain sous couvert d’une philosophie à la mode… Mais voilà que ceux qui s’y fournissent ont deux, trois et même quatre enfants dans un monde où un seul ne peut survivre sans marcher sur les autres, sans oublier qu’ils existent au bord des routes ensablées, des immeubles en briques déchiquetées, des frontières barbelées ou des deltas bouchés de débris.

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06 octobre 2015

Peu de fois, j’ai pris avec ce cœur battant le train, avec les jambes fébriles et un mælstrom de sentiments inondant toutes les parcelles de mon cerveau jusqu’à en nouer le ventre. Je crois que cette fois-ci, au bout de la ligne, peut se jouer quelque chose de sismique ou de cataclysmique. Je commençais depuis peu à détester cette temporalité qui m’a autant nourri que ruiné. Je ne veux pas croire que ce voyage soit plus que ceux que j’ai déjà ressentis par le passé, un aller vers le meilleur. Il ne peut être que cela.

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J’ai parfois l’impression d’être ce ciel d’automne. Un aplat bleu clair rempli de couches grisâtres et charnues, mobiles et incertaines, inattendues mais présentes et plus ou moins foncées, au fond duquel, au cœur duquel règne un foyer rougeoyant, orangé  et rosâtre, enserré mais vivant, contraint et se réduisant mais imprégnant tout le reste. Et alors quelle est la zone la plus dangereuse de tout cela ? Le feu qui s’éteint progressivement après avoir plaqué la désolation ? Le gris noir des ténèbres qui prend le dessus ? Le bleuté qui persiste à vivre dans ce déchirement effrayant ?

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22 août 2015

Dans l'eau

Le scintillement des faisceaux lumineux, la tête chargée de murmures

Je me libère de mon propre poids, pas du reste, c’est la seule chose permise

Tout ce que je connais de mieux, comme un diamant pur

Est devenu de plus en plus rugueux, une fin que tu avais promise

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19 juillet 2015

     Six néons blancs distribuaient une lumière blafarde qui durait toute la nuit. Quelques longueurs plus loin, les maisons des familles aisées ne s’éclairaient plus ; l’été chasse les riches de chez eux et coincent les foyers modestes dans le même et perpétuel calendrier urbain. Devant ces six néons, les voies ferrées enfin pouvaient se reposer et ne plus porter les rames des trains passagers ou de marchandise. A cette heure où les six néons se distinguaient aussi bien du reste, les chacals erraient en direction d’un point de chute pour se finir, peut-être pour dormir, ou zonaient en quête d’une occasion qui couronnerait leur soirée ou en proie à un boueux ennui qui poussent à l’action, n’importe laquelle pourvu qu’elle soit énergique.

Je visualisais tour à tour les candidats à ces errances nocturnes : les jeunes adultes grisés par l’alcool et surexcités par les premiers dérapages – des consciences éphémères sans danger – ; les couche-tards solitaires et qui souhaitent vite regagner leur lit pour s’y ensevelir jusqu’au lendemain matin ; les malfrats aux manigances aiguisées au volant de leur voiture, ralentissant pour examiner la potentialité d’une malfaisance ; les frimeurs qui me semblaient encore et toujours les pires figurants des nuits d’été fonçant à toute allure dans leur berline.

De l’autre côté de ce panorama, deux âmes avaient réussi à échapper à ce monde vivace et répétitif, l’une flottait dans un univers que j’étais bien incapable de décrire, peut-être peuplé de formes qui m’étaient inconnues, l’autre écrasait et récupérait du mieux possible la fatigue accumulée. Mon fils qui organisait ses premiers instants de vie, mon épouse qui virevoltait entre débordements de joie et débordements tout courts ne connaissaient pas ses six néons lugubres.

C’était à ce moment de la nuit que rien ne se passa et qu’aucune chose ne justifiait que je squatte davantage le balcon en fumant quelques cigarettes. La lune ne se voyait pas de ce côté de la ville, les étoiles étaient dissimulées par d’épais nuages traversants. Rien ne se passerait, me dis-je, en préparant un repli vers les zones chaudes de l’appartement. Je fermais les portes vitrées, puis éteignais les lampes.

Exactement vingt-deux minutes après ce coucher, mon fils émit un cri assez caractéristique auquel nous ne prêtions point attention. Et dans la rue, une ombre fugace longea le mur de graffitis en laissant traîner une fracture de notre monde derrière elle : le sillon qu’elle traçait devenait froid, sans matière, éradiquant toutes les choses nécessaires pour concevoir une vie. Ce sillon invisible aurait pu avaler quiconque l’aurait emprunté, sans mot dire mais en souffrant inévitablement. L’ombre bifurqua sur la gauche, lévita quelque peu pour atteindre la voie ferrée et glisser le long des rails d’acier. Les ténèbres ont sans doute un goût nettement plus prononcé que nous autres pour l’errance et pour les voyages.

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17 juillet 2015

     J’adore ces instants climatiques contrariés en plein été, lorsque le ciel chargé a remporté sa bataille contre un soleil orgueilleux et qu’il déverse timidement une ondée sur nos recouvrements urbains. La plupart des gens n’y prêtent guère attention, tous pourtant s’accorderaient à trouver ce moment apaisant.

Il est arrivé à 15h21. Je discerne les pentes humides des toits et hume un peu de ce parfum minéral, les clignotements partiels sur les pavés des rues à l’endroit où les anfractuosités se sont gorgées d’une eau de pluie poisseuse, les têtes des touristes qui, fort de leur expérience passée, avaient prévu l’anorak à capuche ou le ciré de marque.

De cette fenêtre, j’ai observé mille et une choses, ces mille et une choses m’ont toujours inspiré une réflexion contemporaine sur l’existence, la mienne et celles des autres. J’ai toujours eu peur que le dégoût l’emporte finalement et que je me cloître dans une prétention humaniste ; confortablement installé sur un podium qui me ferait mépriser les routes que je n’ai pas prises, les idées que je ne comprends pas et les personnes qui, ne sachant rien du « bien vivre », les prennent. Au bout du compte, je crois qu’il me reste encore assez de goût et d’envie pour les autres et pour leurs différences à la seule condition que l’universalité prône et règne en maître sur nous.

Ces gens peuvent bien passer leur temps à ce qu’ils désirent tant que la pluie d’un après-midi d’été nous prendra tous et qu’on s’en accommodera.

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